Les semences expliquées : patrimoine biologique, diversité génétique et sécurité alimentaire.

Les semences sont à l’origine de l’alimentation de milliards de personnes. Elles renferment le matériel génétique des plantes qui nous nourrissent. Or, on observe une perte de diversité génétique dans les cultures alimentaires, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques sur notre alimentation, et sur bien d’autres enjeux.

Le constat

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture – ou Food and Agriculture Organization (FAO) – estime que 75% de la diversité des cultures a été perdue au courant du 20ème siècle. Sur les 7 000 espèces de plantes cultivées par l’Homme depuis les débuts de l’agriculture, seulement 30 fournissent environ 90% de l’énergie diététique dont la population mondiale a besoin – le blé, le riz et le maïs fournissant environ la moitié de l’énergie diététique consommée dans le monde.

Cette perte de biodiversité constitue un risque important pour notre futur, puisque c’est la diversité génétique qui permet la survie et l’adaptation de ces plantes aux changements environnementaux.

Pour lutter contre ce phénomène, une partie des semences vivrières est conservée dans la banque de semences mondiale de Svalbard en Norvège. À -18°C, les semences envoyées par les États sont gardées en vie pour répondre aux changements environnementaux et socio-économiques futurs. En cas de catastrophe, les pays qui le souhaitent peuvent retirer leurs semences et cultiver de nouveau ces précieuses plantes pour nourrir leur population. C’est ce qui s’est passé en 2015, lorsque la guerre a décimé la banque de semences Syrienne et a laissé le pays dans une situation désastreuse.

Comment en est on arrivé là ?

L’agriculture a changé de face depuis la révolution verte des années 50. Les monocultures intensives sont devenues la norme pour nourrir la population toujours plus nombreuse, et les semences génétiquement modifiées se sont démocratisées, entraînant l’oubli de variétés anciennes cultivées jusqu’ici. En favorisant les rendements par dessus tout, ces semences sont également responsables de l’excès d’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques polluant les sols, l’air et l’eau.

 

Récolte mécanique dans une monoculture de céréales.

 

Comment agir ?

Par opposition avec l’agriculture dite “conventionnelle”, utiliser des semences issues de cultures locales de variétés anciennes et cultiver différentes variétés permet d’obtenir des plantes adaptées aux conditions environnementales locales et plus résistantes aux maladies d’une région donnée. La diversité des variétés anciennes, signifie aussi une alimentation plus variée pour nous, et donc un meilleur apport nutritionnel pour une meilleure santé.

Vous souhaitez cultiver vos propres légumes ? re-découvrir des variétés oubliées ? favoriser les variétés locales adaptées à vos conditions de culture ? aider à préserver la diversité génétique des plantes comestibles à des fins de sécurité alimentaire ? Lisez ceci.

Vous ne trouverez pas des variétés ancestrales (patrimoniales, héritage ou « Heirloom » en anglais) partout, mais leur disponibilité augmente peu à peu dû à leur succès; en effet, plusieurs semenciers spécialisés ont vu le jour ces dernières années au Québec et proposent un catalogue de semences patrimoniales grandissant, au fur-et-à-mesure que des variétés sont redécouvertes et cultivées pour être rendues accessibles au grand public, à l’image de Lyne Bellemare de chez Terre Promise.

Vous pouvez également vous tourner vers les plateformes d’échanges de semences et plantes potagères pour dénicher des variétés ancestrales. Qu’il s’agisse du site Plantcatching, de groupes Facebook spécialisés – tapez “échange semences” ou jardin dans la barre de recherche – , ou encore d’événements saisonniers en agriculture urbaine, vous pourrez probablement trouver des jardiniers amateurs possédant les semences que vous convoitez.

Les semences dites “du patrimoine” correspondent à des variétés anciennes stables (dont les générations suivantes sont identiques aux parents) et cultivées depuis plusieurs générations (au moins 50 ans). Il s’agit de semences à pollinisation libre, c’est à dire que l’on peut obtenir des semences viables naturellement à la fin de chaque saison et les réutiliser les saisons suivantes. Par opposition, certains hybrides ne produisent pas de semences viables ou alors celles-ci ne seront pas identiques à la génération précédente et les récoltes seront aléatoires et peu satisfaisantes.

Les variétés ancestrales possèdent aussi d’autres qualités : leur saveur et qualité nutritionnelle sont exceptionnelles. Les variétés hybrides plus productives ont été sélectionnées pour leur resistance au transport et leur durée de conservation, paramètres utiles à la grande distribution. Le goût a donc été relégué au second plan par défaut…

 

Récolte de tomates ancestrales dans un jardin MicroHabitat

 

Cultiver des variétés patrimoniales, rustiques et locales est donc une bonne marche à suivre, puisque ces variétés sont adaptées aux conditions environnementales locales et seront donc moins atteintes par certaines maladies ou ravageurs. Cela permet de favoriser la sauvegarde de ces variétés oubliées et d’apporter un peu de diversité au jardin.

Parmi les fruits et légumes ancestraux, on peut citer le Melon de Montréal, le Haricot ‘Kahnawake Mohawk’, ou encore la tomate ‘Cherokee Purple’.

 

Pour poursuivre votre lecture, nous vous conseillons les ressources suivantes :

  • La Semaine Verte – Épisode du 25 mars 2017 sur l’importance des semences et de leur préservation

https://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/2016-2017/episodes/377422/controle-semences-agriculture

  • Liste de 100+ semenciers et autres organismes horticoles canadiens ou livrant au Canada

https://jardinierparesseux.com/catalogues/